
Les célèbres citernes vénitiennes sont communément et improprement appelées puits, à cause des margelles qui les signalent. Elles sont ingénieusement conçues et admirablement réalisées dès les origines de l'implantation lagunaire pour recueillir et filtrer les eaux de pluie. Elles ont été données pour modèle jusqu'à la fin du XIXème siècle.
En 1879 Venise occupe une surface de 5 200 000 mètres carrés, abstraction faite des grands et des petits canaux.
En année commune, il y tombe environ 82 centimètres de pluie. La plus grande partie de cette pluie est recueillie par 2077 citernes, dont 177 sont publiques. Elles ont ensemble une capacité de 202 535 mètres cubes. Le pluviomètre du séminaire patriarcal démontre que la pluie tombe avec une abondance suffisante pour remplir les citernes cinq fois par an, ce qui donnerait près de 24 litres d'eau à consommer par habitant. Mais le sable dépurateur, occupant dans la citerne à peu près le tiers de sa capacité, les 24 litres se réduisent à 16.
Pour les construire, on creuse le sol jusqu'à environ trois mètres de profondeur ; les infiltrations de la lagune empêchent d'aller au delà. On donne à l'excavation la forme d'une pyramide tronquée dont la base regarde le ciel. On maintient le terrain environnant à l'aide d'un bâti en bon bois de chêne ou de larix (mélèze), s'appliquant sur le sommet tronqué, aussi bien que sur les quatre côtés de la pyramide. Sur le bâti en bois on dispose une couche d'argile pure, bien compacte et bien liée, dont on unit la surface avec un grand soin. L'épaisseur de cette couche est en rapport avec les dimensions de la citerne ; dans les plus grandes, elle n'a pas plus de 30 centimètres. Cette épaisseur est suffisante pour résister à la pression de l'eau qui sera en contact avec elle, et aussi pour opposer un obstacle invincible aux racines des végétaux qui peuvent croître dans le sol ambiant. On regarde comme très important de n'y point laisser de cavités où l'air puisse se loger. Au fond de l'excavation, dans l'intérieur du sommet tronqué de la pyramide, on place une pierre circulaire creusée au milieu en fond de chaudron, et on élève sur cette pierre un cylindre creux du diamètre d'un puits ordinaire, construit avec des briques sèches bien ajustées, celles du fond seulement étant percées de trous coniques. On prolonge ce cylindre jusqu'au-dessus du niveau du sol, en le terminant comme une margelle de puits.
Source: http://histoire.eau.hyeres.free.fr/614-puits_venitien.html
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